"Depuis que j'ai commencé mon traitement, je ne ressens plus rien." Cette phrase, des milliers de personnes sous antidépresseurs, contraceptifs hormonaux ou autres médicaments chroniques la vivent — souvent en silence, faute d'avoir été prévenus, et parfois en se demandant si c'est "normal". La réponse est oui, c'est fréquent. Et non, ce n'est pas une fatalité.
Les médicaments qui affectent le désir et la sexualité
Plusieurs familles de médicaments ont des effets documentés sur la sexualité. Les antidépresseurs de type ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine — Prozac, Zoloft, Deroxat…) sont parmi les plus courants : ils augmentent la sérotonine, ce qui améliore l'humeur mais diminue souvent la dopamine, hormone liée au désir et au plaisir.
La pilule contraceptive combinée (œstrogènes + progestatifs) peut réduire la testostérone libre — hormone clé du désir, chez les femmes comme chez les hommes. D'autres médicaments (bêta-bloquants, antihypertenseurs, certains antihistaminiques, opioïdes) ont également des effets sur la libido, l'érection ou la lubrification.
- ISRS (antidépresseurs) : baisse du désir, retard ou absence d'orgasme, éjaculation retardée
- Pilule contraceptive hormonale : réduction du désir, sécheresse vaginale, baisse de la sensibilité
- Bêta-bloquants : troubles de l'érection, baisse de la libido
- Antipsychotiques : effets hormonaux pouvant affecter le désir et la fonction sexuelle
- Opioïdes au long cours : baisse de la testostérone, dysfonction érectile
Personne ne devrait avoir à choisir entre sa santé mentale et sa vie intime. Dans la plupart des cas, on n'est pas obligé de choisir.
Pourquoi c'est rarement expliqué (et comment l'aborder avec son médecin)
Les effets sexuels des médicaments sont sous-déclarés par les patients — par honte, par manque d'information, ou parce que les médecins ne pensent pas toujours à en parler spontanément. Pourtant, ces effets sont des effets secondaires documentés, et les mentionner à votre médecin est tout à fait légitime.
Le dialogue avec le prescripteur est la première étape. Dans de nombreux cas, des ajustements sont possibles : changer de molécule (certains antidépresseurs comme le bupropion ont moins d'effets sexuels), ajuster la dose, changer le moment de prise, ou explorer une contraception non hormonale.
- Ne pas arrêter un traitement seul·e sans avis médical
- Nommer clairement les symptômes à son médecin : "depuis ce traitement, mon désir a disparu"
- Demander s'il existe des alternatives avec moins d'effets sexuels
- Explorer des options de contraception non hormonale si la pilule est en cause
- Consulter un·e psycho-sexologue pour le travail sur la dimension psychique
Ce que la psycho-sexologie peut apporter
Quand les effets médicamenteux durent, ils peuvent s'accompagner d'une charge psychologique importante : sentiment d'être "cassé·e", peur de ne jamais retrouver son désir, impact sur la relation de couple. Un accompagnement psycho-sexologique peut aider à traverser cette période, à maintenir la connexion avec son ou sa partenaire, et à explorer d'autres formes d'intimité le temps que la situation évolue.
Dans certains cas, des effets qui semblaient purement médicamenteux sont en réalité mixtes : la molécule a déclenché quelque chose, mais l'anxiété ou les croyances autour de la sexualité l'ont amplifié et maintenu. Ce travail à l'interface du corps et du psychisme est exactement ce que la psycho-sexologie accompagne.
Les effets des médicaments sur la sexualité sont réels — mais ils ne sont ni définitifs ni inévitables. Parler, ajuster, explorer : c'est un chemin qui demande de ne pas rester seul·e avec ces difficultés. Ni vis-à-vis de votre médecin, ni vis-à-vis de votre partenaire.
